Après cela on croit avoir enfin fini!mais non!il faut savoir à quels mouvements ils se rattachent!!
Voltaire, Kant, Montesquieu et Rousseau:Les Lumières
Définition :Lumières, siècle des, terme qui désigne le XVIIIème siècle en tant que période de l'histoire de la culture européenne, marquée par le rationalisme philosophique et l'exaltation des sciences, ainsi que par la critique de l'ordre social et de la hiérarchie religieuse, principaux éléments de l'idéologie politique qui fut au fondement de la Révolution française. L'expression était déjà fréquemment employée par les écrivains de l'époque, convaincus qu'ils venaient d'émerger de siècles d'obscurité et d'ignorance et d'entrer dans un nouvel âge illuminé par la raison, la science et le respect de l'humanité.
Les précurseurs :
Les philosophes rationalistes du XVIIème siècle, tels que René Descartes et Baruch Spinoza, les philosophes politiques Thomas Hobbes et John Locke, et certains penseurs sceptiques en France comme Pierre Bayle peuvent être considérés comme les précurseurs des Lumières, bien que certains éléments de leurs doctrines qui allaient à l'encontre des conceptions empiristes et antiautoritaires des penseurs du XVIIIème siècle eussent été rejetés par ces derniers. Les découvertes scientifiques et le relativisme culturel lié à l'étude des civilisations non européennes contribuèrent également à la naissance de l'esprit des Lumières.
La raison et le progrès :
La plus importante des hypothèses et espérances communes aux philosophes et intellectuels de cette époque fut incontestablement la foi inébranlable dans le pouvoir de la raison humaine. La découverte de la gravitation universelle par Isaac Newton fit une impression considérable sur le siècle. Grâce à l'usage judicieux de la raison, s'ouvrait un progrès perpétuel dans le domaine de la connaissance, des réalisations techniques et des valeurs morales. Dans le sillage de la philosophie de Locke, les penseurs du XVIIIe siècle considéraient, à la différence de Descartes, que la connaissance, loin d'être innée, procédait uniquement de l'expérience et de l'observation guidées par la raison. Ils affirmaient que l'éducation avait le pouvoir de rendre les hommes meilleurs et même d'améliorer la nature humaine. La recherche de la vérité devait se poursuivre dorénavant par l'observation de la nature plutôt que par l'étude de sources autorisées telles qu'Aristote et la Bible. Par contre la plupart des penseurs des Lumières ne renoncèrent pas complètement à la religion. Ils adoptèrent plutôt une forme de déisme, acceptant l'existence de Dieu et d'un au-delà, mais rejetèrent les arcanes de la théologie chrétienne. Ils n'attaquèrent rien avec autant de violence et de férocité que l'Église, sa richesse, son pouvoir politique et sa volonté d'entraver le libre exercice de la raison.
Baudelaire: Le Symbolisme
Défini au sens strict, le symbolisme représente un cercle littéraire assez restreint dont faisaient partie des poètes comme Stuart Merrill, Albert Samain et, à une certaine époque, Jean Moréas. Ce dernier publie d'ailleurs le manifeste du mouvement en 1886, dans le Figaro. Dans cet article, Moréas parle d'un art qui serait ennemi de la déclamation, de l'enseignement et de la fausse sensibilité et il proclame que la poésie devrait désormais suggérer plutôt que décrire. Il ajoute que l'usage de mots rares, de métaphores raffinées et de vers impairs permettrait de renouveler la langue poétique.
Si le cercle symboliste dont nous venons de parler a eu une vie éphémère, il reste que les préoccupations qui se faisaient jour dans le manifeste de Moréas étaient celles de très nombreux artistes de la fin du dix-neuvième siècle, partout à travers l'Europe. De fait, il fallait, pour plusieurs, échapper au règne de la pensée rationaliste imposée par la science et relayée par le naturalisme tout en créant de nouvelles formes artistiques. Il ne s'agissait plus de décrire la société telle que chacun peut la voir, mais au contraire d'inventer du neuf, de donner à voir ce que nul auparavant n'avait aperçu : l'expérience de la voyance tentée par Rimbaud suit cette voie, tout comme l'idée baudelairienne de correspondances ou la pensée de Mallarmé selon laquelle le monde tout entier est fait pour aboutir à un livre.
C'est donc en comprenant le mot «symbolisme» dans son sens le plus vaste que nous avons bâti ce site. Il s'agit dès lors, pour nous, d'un courant culturel qui a touché l'ensemble des pays européens à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècle. Ce mouvement radicalement neuf, foncièrement étranger à tout réalisme et à tout rationalisme, nous allons le décrire à partir de l'oeuvre de plusieurs poètes de langue française, mais aussi à partir des six thèmes suivants : l'impalpable, les angoisses du Moi, les images de la femme, la décadence, le sentiment religieux et la volonté de créer un art total.
Molière: Le Classicisme
L'adjectif classique est ancien. Il désigne dans la Rome antique un "citoyen de première classe". Le français à retenu l'idée de qualité, d'excellence. Au XVIIe siècle, ce terme désigne les auteurs antiques, latins particulièrement, dignes d'être enseignés dans les écoles. Ce n'est en fait qu'au début du XIXe siècle que les premiers écrivains du Moi donnent à ce mot son sens moderne, en l'opposant au romantisme naissant.
Le besoin général de codifier et normaliser
Le XVIe siècle et les précieux avaient cherché à enrichir leur vocabulaire. A La fin du XVIIe siècle on va maintenant chercher à établir la liste officielle des mots. Le premier dictionnaire paraît en 1694, accompagné d'un précis grammatical. La langue française est ainsi normalisée. En littérature, on s'attache à différencier les genres : farce, comédie, drame, tragédie ; roman et nouvelle.
Le culte des anciens
Pendant le Moyen Âge et surtout à la renaissance, on n'a cessé d'admirer le génie des anciens. Les écrivains classiques, à leur tour, les imitent car ils pensent que les grands auteurs de l'antiquité avaient atteint la perfection, prouvé selon eux par la durée de leur renommée. Molière a ainsi imité Plaute, Racine Sénèque ou Euripide, La Fontaine le fabuliste grec Ésope, Boileau dans son Art Poétique la Poétique d'Aristote...
L'idéal classique
Souci de perfection, d'où l'autorité de la raison, de l'ordre, et des règles qui en découlent : respect de la vraisemblance et des bienséances ; souci d'éternel, d'universel, c'est la raison pour laquelle les écrivain de cette période privilégient la description d'un type humain plutôt que d'un individu. Certains auteurs classiques réprouvent la préciosité (par exemple, Molière dans Les Précieuses ridicules.)
L'idéal humain est l'honnête homme : il fait preuve de retenue, est ouvert, curieux, savant sans être pédant, agréable, poli, raffiné. En un mot, il doit plaire, tant par son physique, que par son discours.
Finalités de l'esthétique classique
Le but primordial est de Plaire et d'instruire. L'art doit provoquer la réflexion par le biais d'une forte réaction émotionnelle (rires, pleurs, terreur...), sinon, il reste superficiel et inutile.
L'art classique se veut naturel, mais ce naturel résulte d'une "recherche qui ne retient que ce qui est significatif" (Molière)
Le perfectionnisme : les écrivains classiques aiment le travail bien fait, et le génie n'empêche pas un énorme et rigoureux travail. Cependant ce travail doit rester invisible, sinon, l'½uvre perd son charme.
"Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage : Polissez-le sans cesse et le repolissez"
Nicolas Boileau, L'art poétique, Chant I, 1674
Les procédés privilégiés
les litotes
les formules générales
Sartre et Vian: L'Existentialisme
L'existentialisme est un courant philosophique et littéraire mettant en avant la liberté individuelle, la responsabilité ainsi que la subjectivité. L'existentialisme considère chaque homme comme un être unique qui est maître de ses actes et de son destin.
L'existentialisme affirme le primat de l'existence sur l'essence, selon la célèbre formule sartrienne : « l'existence précède l'essence ». Cette définition fonde la liberté et la responsabilité de l'Homme, puisque celui-ci existe sans que son être soit défini en aucune manière.
En fait, le mot existentialisme vient d'existence, contrairement à la langue allemande où le mot est plus original (Dasein) qui signifie "être-là". Jean-Paul Sartre, qui avait fait ses études sur l'existentialisme en Allemagne, avait aussi déclaré son invention lingusitique en utilisant le mot "existence" pour "Dasein".
On a coutume de considérer Søren Kierkegaard comme le premier existentialiste, et de distinguer un existentialisme athée ( Jean-Paul Sartre), et un existentialisme chrétien (Søren Kierkegaard, Gabriel Marcel, Karl Jaspers, voire Pascal pour certains).
L'existentialisme a été marqué par Hegel et Nietzsche. Il a marqué outre les philosophes cités ci-dessus Maurice Merleau-Ponty, Simone de Beauvoir, Hannah Arendt, Hans-Georg Gadamer (herméneutique), ou encore Jürgen Habermas.
Après la Seconde Guerre mondiale, un courant existentaliste littéraire a compté, outre Sartre, Albert Camus et Boris Vian. À noter qu'il s'agit d'un courant littéraire ; d'un point de vue philosophique, Albert Camus était contre l'existentialisme, et Boris Vian était pataphysicien.
La phénoménologie comme source de l'existentialisme
Sartre empruntera beaucoup à la méthode phénoménologique. C'est d'abord une méthode qui vient de Husserl. Science des phénomènes, elle décrit la façon dont les choses se donnent à la conscience. La description des choses permet de découvrir leur essence et ce qu'est la conscience qui les pense. Pour cela, on fera varier imaginairement les points de vue sur la chose pour faire apparaître l'invariant. Par exemple, quel que soit le point de vue, un triangle a toujours trois côtés, qui font donc partie de son essence.
L'on peut dire, en calquant sur le discours de Jean-Paul Sartre, qu'« l ne faut pas croire naïvement à ce que nous offre le monde » : le monde dépasse la simple conscience que l'on peut en avoir, c'est du reste parce que le phénomène ne se montre pas d'emblée qu'il faut une description qui débusque les choses, non derrière le visible, mais en lui (l'idée d'un arrière-monde caché derrière le visible n'intéressant pas la phénoménologie). Cette nécessité pour la conscience d'exister comme conscience d'autre chose que soi, c'est ce que Husserl appelle "intentionalité".
L'existentialisme chrétien
L'existentialisme chrétien a connu un essor plus modéré que l'existentialisme athée. Ce courant philosophique, dont le principal représentant français est Gabriel Marcel est marqué par une profonde opposition entre l'humain, faible et angoissé et Dieu qui est absolu et transcendent. Le but de la vie est ainsi de se rapprocher de Dieu et d'essayer d'atteindre sa perfection en devenant un chrétien authentique.
Leiris:Le Surréalisme
Le surréalisme est un important mouvement de pensée de l'entre-deux-guerres issue du dadaisme. Le point de départ est, en France, la publication par André Breton, en 1924, du Manifeste du surréalisme, qui donne sa cohérence à l'entreprise. Le mouvement souhaite que soit accordé à ses productions, d'abord littéraire puis plastiques, le statut d'expérimentation scientifique : tentative pour explorer en profondeur à la fois le monde (notamment sa réalité cachée) et la pensée (notamment l'inconscient), et pour donner de l'un et de l'autre une connaissance totale.
L'écrivain à succès Maryse Choisy profita du mouvement pour en créer un contraire, qu'elle baptisa avec humour le suridéalisme. Mais bien que la popularité de ses ouvrages ne souffre en rien de cette initiative, ce mouvement dont elle se réclamait disparut de lui-même.
Genèse
C'est en hommage à Guillaume Apollinaire, mort en 1918, qui forgea ce néologisme pour qualifier le ballet Parade (Musique de Erik Satie, chorégraphie de Serge de Diaghilev, livret de Jean Cocteau, décor de Pablo Picasso) qu'André Breton et Philippe Soupault décidèrent d'appeler surréalisme ce « nouveau mode d'expression pure ». Ils furent rejoint en mars 1919 par Aragon, avec lequel ils fondent la revue Littérature, puis deux mois plus tard par Paul Éluard.
Le surréalisme trouve son origine dans de multiples démarches artistiques de la seconde moitié du XIXe siècle et du début du XXe siècle, il rejoignait ainsi le « supernaturalisme » de Gérard de Nerval et des romantiques allemands, et d'une certaine façon, également, le « surnaturalisme » d'Emmanuel Swedenborg et de Charles Baudelaire ; ses « applications plastiques » s'inspirent du cubisme. Cette aventure (« une attitude inexorable de sédition et de défi ») passe par l'appropriation de la pensée du poète Arthur Rimbaud (« changer la vie »), de celle du philosophe Karl Marx (« transformer le monde ») et des recherches de Sigmund Freud. Breton fut particulièrement influencé par son essai Le rêve et son interprétation, paru en 1900, est en retirant la conviction du lien profond unissant le monde réel le le monde sensible des rêves. L'analogie entre le rêveur et le poète, déjà présente chez Baudelaire, est dépassée : Breton considère le surréalisme comme une recherche de l'union de ces deux concepts si souvent opposés que sont le réel et l'imaginaire, comme le montre cette phrase tirée du Premier Manifeste du Surréalisme (1925) « je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, la surréalité. »
Évolution
En outre, l'expérimentation surréaliste fait appel à des techniques de création (écriture automatique, sommeil hypnotique, « cadavre exquis », écriture collective, interrogation du « hasard objectif », prise de drogues hallucinogènes) qui rendent inopérants les critères esthétiques traditionnels : la « poésie » est ici avant tout moyen de connaissance de la réalité et du psychisme, et si la « beauté » en résulte, c'est comme produit d'une activité inconsciente occultée par des siècles de rationalisme.
Dans le Premier Manifeste du Surréalisme , on peut lire ces deux définitions :
« Surréalisme, n. m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. » ;
« Encycl. Philos. Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d'associations négligées jusqu'à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à ruiner définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution des principaux problèmes de la vie. »
Les ½uvres des surréalistes qui se situent aux confins du rationnel et de l'irrationnel, de la réalité et du rêve, exaltent aussi l'amour et l'érotisme comme fusion du moi avec la vie universelle : Philippe Soupault, Rose des vents (1920) ; André Breton, Clair de terre (1923), Nadja (1928) ; Benjamin Péret, Le Grand jeu (1928) ; Louis Aragon, le Libertinage (1924), le Paysan de Paris (1926), le Mouvement perpétuel (1926); Paul Éluard, Mourir de ne pas mourir (1924), Capitale de la douleur (1926), l'Amour la poésie (1929).
À la mouvance surréaliste appartient également Robert Desnos, célèbre pour sa pratique du sommeil hypnotique. En marge du surréalisme, Jean Cocteau est étroitement mêlé à la bohème parisienne, tandis qu' Antonin Artaud, exclu du groupe en 1926, compose une prose poétique « hallucinée ».
D'autre part, les surréalistes ont réhabilité ou fait découvrir des auteurs comme le marquis de Sade, Gérard de Nerval, Lautréamont, ainsi que des secteurs ignorés de la production littéraire comme le roman noir.
Une aventure internationale
Le surréalisme connaît une fortune particulière dans la littérature francophone belge. Paul Nougé, dont la poésie présente un aspect ludique très marqué, fonde en 1924 un centre surréaliste à Bruxelles avec les poètes Camille Goemans, Marcel Lecomte, Louis Scutenaire ... Un autre groupe important, « Rupture », se crée en 1932, à La Louvière, autour de la personnalité d'Achille Chavée.
Le surréalisme belge prend ses distances à l'égard de l'écriture automatique et de l'engagement politique du groupe parisien. L'écrivain et collagiste ELT Mesens fut l'ami de René Magritte, les poètes Paul Colinet, Louis Scutenaire et André Souris appartiennent également au courant.
Le surréalisme exercera une action stimulante sur le développement de la poésie espagnole, mais à la fin des années 1920 seulement et en dépit de la méfiance suscitée par l'irrationalisme inhérent à la notion d'écriture automatique. Ramón Gómez de la Serna définit ses rapprochements insolites, « greguerios », comme « humour + métaphore ». Le courant « ultraïste » déterminera un changement de ton chez les poètes de la « Génération de 27 », Lorca, Alberti, Aleixandre et Cernuda.
Les principes surréalistes se retrouvent en Scandinavie et en URSS. Le « poétisme » tchèque peut être considéré comme une première phase du surréalisme. Il s'affirme dès 1924 avec un manifeste publié par Karel Teige, qui conçoit la poésie comme une création intégrale, donnant libre cours à l'imagination et au sens ludique. Ses représentants les plus éminents furent Jaroslav Seifert et surtout Nezval, dont Soupault souligna l'audace des images et symboles. Le mouvement surréaliste yougoslave entretient d'étroits contacts avec le courant français grâce à Marko Ristió.
En dépit d'une perte de prestige à partir de 1940, le surréalisme a existé comme groupe jusqu'aux années 1960, en se renouvelant au fur et à mesure des départs et des exclusions.
Le surréalisme est entré finalement en politique grâce à l'Alternative Orange, un groupe artistique d'opposition polonais formé au principes des années 1980, dont le fondateur Major (Commandant) Waldemar Fydrych avait proclamé Le Manifesto du Surréalisme Socialiste. Ce groupe, qui organisait des happenings, peignait des graffiti absurdes en forme de lutins sur les murs des villes et était un des éléments les plus pittoresques de l'opposition polonaise contre le communisme, utilisait largement l'esthétique surréaliste dans sa terminologie et dans la place donnée à l'acte spontané.
L'écriture automatique
Par l'écriture automatique, les surréalistes ont voulu donner une voix aux désirs profonds, refoulés par celle de la société, cette « violente et traîtresse maîtresse d'école », selon le mot de Michel de Montaigne. L'objet surréaliste ainsi obtenu a d'abord pour effet de déconcerter l'esprit, donc de « le mettre en son tort ». Peut se produire alors la résurgence des forces profondes, l'esprit « revit avec exaltation la meilleure part de son enfance ». On saisit de tout son être la liaison qui unit les objets les plus opposés, l'image surréaliste authentiquement est un symbole. Approfondissant la pensée de Baudelaire, André Breton compare, dans Arcane 17, la démarche du surréalisme et celle de l'ésotérisme : elle offre « l'immense intérêt de maintenir à l'état dynamique le système de comparaison, ce champ illimité, dont dispose l'homme, qui lui livre les rapports susceptibles de relier les objets en apparence les plus éloignés et lui découvre partiellement le symbolisme universel. »
Le peintre Max Ernst, de son côté, découvre pour son art une méthode analogue à l'écriture automatique, méthode que déjà Léonard de Vinci avait esquissée. Frappé par un plancher d'auberge dont les lavages avaient accentué les rainures, il pose sur elles au hasard une feuille et frotte à la mine de plomb. « En regardant attentivement les dessins ainsi obtenus, les parties sombres et les autres plus claires, je fus surpris de l'intensification subite de mes facultés visionnaires et de la succession hallucinante d'images contradictoires. »
Changer l'homme
Le mouvement Dada était antibourgeois, antinationaliste et provocateur. Mais, aux yeux des surréalistes, l'artiste a une responsabilité politique et morale, son ½uvre est susceptible de transformer l'Homme. « Nous n'acceptons pas les lois de l'Économie ou de l'Échange, nous n'acceptons pas l'esclavage du Travail, et dans un domaine encore plus large nous nous déclarons en insurrection contre l'Histoire. » (tract La Révolution d'abord et toujours). Ces principes débouchent sur l'engagement politique : certains écrivains surréalistes adhèrent, temporairement, au Parti communiste français.
Aucun parti, cependant, ne répondait exactement aux aspirations des surréalistes, ce qui fut à l'origine des tensions le Parti communiste français. André Breton n'a pas de mots assez forts pour flétrir « l'ignoble mot d'engagement qui sue une servilité dont la poésie et l'art ont horreur. » Dès 1930, pourtant, Louis Aragon acceptait de soumettre son activité littéraire « à la discipline et au contrôle du parti communiste ». La guerre fit que Robert Desnos et Paul Eluard le suivirent dans cette voie pendant quelques années. Condamnation de l'exploitation de l'Homme par l'Homme, du militarisme, de l'oppression coloniale, des prêtres pour leur ½uvre qu'ils jugent obscurantiste, et bientôt du nazisme, volonté d'une révolution sociale, ; et, plus tard, enfin, dénonciation du pragmatisme de l'Union Soviétique, tels sont les thèmes d'une lutte que, de la guerre du Maroc à la guerre d'Algérie, les surréalistes ont menée inlassablement. Ils ont tenté la synthèse du matérialisme historique et du mysticisme, en se situant au carrefour de l'anarchisme, et du marxisme, fermement opposés à tous les fascismes et aux religions.
Sarraute: Le Nouveau Roman
L'expression Nouveau roman est due à Émile Henriot qui l'employa dans un article du Monde, le 22 mai 1957. Ce terme regroupe des ½uvres publiées à partir des années 1950, qui ont en commun un refus du genre romanesque classique : les intrigues et la psychologie des personnages passent au second plan, au profit d'un travail d'écriture qui veut profondément renouveler le genre romanesque.
Malgré leur nom, les "Nouveaux romanciers" ne sont pas la première avant-garde littéraire. Mais à l'opposé de romanciers qui ont renouvelé l'écriture, comme Louis-Ferdinand Céline, ils réinventent leur style à chaque roman. Céline crée un style, résolument célinien, et y adhère par la suite ; pas les Nouveaux romanciers. Chaque livre se veut complètement nouveau, et est le lieu d'une expérimentation inédite sur l'écriture romanesque.
Repoussant les conventions du roman traditionnel, tel qu'il s'est imposé depuis le XVIIIe siècle et épanoui avec des auteurs comme Balzac ou Zola, le Nouveau roman se veut un art conscient de lui-même. La position du narrateur y est notamment interrogée : quelle est sa place dans l'intrigue, pourquoi écrit-il ? L'intrigue et le personnage, qui étaient vus comme la base de toute fiction, s'estompent eux-mêmes. Avec une orientation différente pour chaque auteur, voire pour chaque livre. Le jeu, ou "l'aventure", consiste à faire éclater les codes, notamment en s'imposant une contrainte.
Ionesco: Théâtre de l'absurde
Terme générique employé pour la première fois par le critique Martin Esslin en 1962 pour classer les oeuvres de certains auteurs dramatiques des années 1950, principalement en France, qui rompaient avec les concepts traditionnels du théâtre occidental. Il désigne essentiellement le théâtre de Beckett, Ionesco, Arrabal, les premières pièces d'Adamov et de Genet.
Sources philosophiques
Cette conception trouva appui dans les écrits théoriques d'Antonin Artaud, le Théâtre et son double (1938), et dans la notion brechtienne de l'effet de distanciation (Verfremdungseffekt). L'apparente absurdité de la vie est un thème existentialiste que l'on trouvait chez Sartre et Camus mais ceux-ci utilisaient les outils de la dramaturgie conventionnelle et développaient le thème dans un ordre rationnel. Sans doute influencé par Huis clos (1944) de Sartre, le théâtre de l'absurde ne fut ni un mouvement ni une école et tous les écrivains concernés étaient extrêmement individualistes et formaient un groupe hétérogène. Ce qu'ils avaient en commun, cependant, outre le fait qu'ils n'appartenaient pas à la société bourgeoise française, résidait dans un rejet global du théâtre occidental pour son adhésion à la caractérisation psychologique, à une structure cohérente, une intrigue et la confiance dans la communication par le dialogue. Héritiers d'Alfred Jarry et des surréalistes, Samuel Beckett (En attendant Godot, 1953, Fin de partie, 1957) ou Jean Vauthier (Capitaine Bada, 1950) introduisirent l'absurde au sein même du langage, exprimant ainsi la difficulté à communiquer, à élucider le sens des mots et l'angoisse de ne pas y parvenir. Ils montraient des antihéros aux prises avec leur misère métaphysique, des êtres errant sans repères, prisonniers de forces invisibles dans un univers hostile (Parodie d'Adamov, 1949; les Bonnes de Genet, 1947; la Cantatrice chauve de Ionesco, 1950). Par des processus de distanciation et de dépersonnalisation, ces pièces, démontent les structures de la conscience, de la logique et du langage.
Nouvelle dramaturgie
Nourris de Freud, ces auteurs dramatiques créèrent des personnages marqués par le traumatisme de la guerre chez qui la vie psychique a pris le pas sur la réalité et qui dominent mal leurs fantasmes et leurs névroses. À la suite de l'expérience historique des camps de concentration et d'Hiroshima, la conviction selon laquelle le monde a un sens fut ébranlée : on prit conscience de l'abîme entre les actes humains et les principes nobles. Les pièces obéissent à une logique interne, fondée sur le caractère et le statut des personnages, sur l'intrigue (souvent circulaire, sans but, ne tendant jamais vers un dénouement esthétique), sur les objets (pouvant proliférer au point d'effacer les caractères, comme chez Ionesco, ou bien réduits au strict minimum, comme chez Beckett, mettant en exergue les thèmes récurrents du vide et du néant) et sur l'espace, identifié au personnage; ainsi dans Oh les beaux jours (1963) de Beckett, Winnie s'enlise dans le sable et le monologue.
Exprimant un état d'esprit propre à la période de l'après-guerre, le théâtre de l'absurde présentait le rapport de l'Homme au monde comme immuable, par opposition à la théorie brechtienne qui le suppose transformable. Adamov s'éleva cependant contre cette vision désespérée du monde (le Professeur Taranne, 1953).
Le théâtre des années 1950 que l'on a dit d'avant-garde fut un des plus féconds et des plus brillants de l'histoire de l'art théâtral.
Ni Kafka ni Orwell ne se rattachent un un mouvement particulier